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LA « PSYCHODYNAMIQUE DU DÉSIR DE VENGEANCE »1


Selon H. Searles, le « désir de vengeance » a des fonctions spécifiques :
« Le patient utilise inconsciemment ce désir de vengeance comme une défense pour ne pas prendre conscience d’un chagrin refoulé et d’une angoisse de séparation refoulée. »2

Or, dans certaines sociétés au passé chargé de souffrances, au lieu de « se souvenir » pour s’appuyer sur les expériences historiques dans la gestion des situations conflictuelles, on assiste plutôt à une « psychodynamique du désir de vengeance » collective sous l’influence du « meneur. » Ainsi, les patients (la foule) répètent au lieu de se souvenir !

Pour cela, lors de la survenue des violences collectives, l’émergence des pseudos « chefs-nés » - des leaders fantasques et/ou des « stratèges de génie » - relèverait d'une mission quasi messianique pour venger le préjudice dont leurs ascendants auraient été victimes !

Responsabilités historiques

Pour soigner les blessures liées aux violences collectives, le « travail de souvenir » exige une réelle volonté politique des dirigeants, mais aussi l'implication personnelle de chaque citoyen concerné. C’est ici qu’interviendrait, comme le souligne R. Kaës cité par les médecins P. Moutin et M. Schweitzer,3 le travail de la mémoire collective « qui participe au travail de la construction dans la mémoire individuelle (…). Le traumatisme subi dans les catastrophes sociales détruit la confiance, et, suprême désastre, rend ses victimes étrangères à une histoire qu’elles ne peuvent s’approprier. Elles ne peuvent substituer au silence de l’irreprésentable et à la répétition qui rétablit sans cesse la charge de l’événement traumatique, le consentement au silence et la remémoration. Seule alors la mémoire externe, le mémorial collectif, l’histoire sans cesse en quête de son sens peuvent protéger contre la résurgence de l’horreur, contre la répétition et le silence de la mort, et ouvrir quelques appuis pour dire, avec des mots d’emprunt, quelque chose de sa vérité, à condition qu’elle ne soit pas falsifiée par un discours et un pacte dénégatifs. » 4

1Cf. SEBUNUMA D., La compulsion de répétition dans les violences collectives, thèse de Doctorat soutenue le 25 février 2011 à l'Université Paris Diderot - Paris7, publiée à l'Université Lille3, Atelier National de Reproduction des Thèses, 2012 ; puis à Issy-les-Moulineaux, Éditions Umusozo, 2013.

2 SEARLES H., (1956), in L’effort pour rendre l’autre fou, Paris, Gallimard, 1977, pp. 164 –188.

3 MOUTIN P. et SCHWEITZER M., Les crimes contre l’humanitéDu silence à la parole, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 1994, p. 99.

4 KAES R., texte « Ruptures catastrophiques et travail de la mémoire », in Violences d’Etat et psychanalyse, Paris, Dunod, 1989, pp. 169 – 204.

Déogratias SEBUNUMA
Psychologue clinicien - Auteur

Titulaire du Doctorat de
 
«Recherche en psychopathologie
fondamentale et psychanalyse
»

Psychopathologie
Descriptive II


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Cet ouvrage est désormais édité par
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