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Objet transitionnel1


Dans sa théorie sur « l'objet transitionnel », D. Winnicott fait une remarque qui permettrait d'éclairer davantage le phénomène groupal :

« L'objet [transitionnel] est voué à un désinvestissement progressif et, les années passant, il n'est pas tant oublié que relégué dans les limbes. Je veux dire par là que, dans un développement normal, l'objet « ne va pas à l'intérieur » et que le sentiment qu'il suscite ne sera pas nécessairement soumis au refoulement. Il n'est pas oublié et on n'a pas non plus à en faire le deuil. S'il perd sa signification, c'est que les phénomènes transitionnels deviennent diffus et se répandent dans la zone intermédiaire qui se situe entre « réalité psychique interne » et « le monde externe tel qu'il est perçu par deux personnes en commun. » Selon D. Winnicott, les phénomènes transitionnels « se répandent dans le domaine culturel tout entier. » Grâce à cette découverte, l'auteur précise : « le sujet de mon étude s'élargit, acquiert des dimensions nouvelles, englobant le jeu, la création artistique et le goût pour l'art, le sentiment religieux, le rêve et aussi le fétichisme, le mensonge et le vol, l'origine et la perte du sentiment affectueux, la toxicomanie, le talisman des rituels obsessionnels, etc. »2

A l'origine, le mythe serait aussi un « objet transitionnel » au sens de la théorie de Winnicott exposé ci-dessus. Cela suppose que l'individu utiliserait le mythe dans des « espaces transitionnels » pour communier avec ses semblables. Ou bien, le mythe serait « le langage commun » permettant l'identification réciproque entre plusieurs individus d'un même groupe. Cependant, en tant que « objet transitionnel », le mythe devrait se situer dans un « espace intermédiaire » entre soi et non-soi, et ainsi, le sujet pourrait y renoncer, si nécessaire, pour protéger l'intégrité narcissique individuelle.

Or, dans certaines circonstances historiques, le mythe acquiert un nouveau statut : du statut d'objet transitionnel initial, le mythe devient « un objet interne » à part entière. Autrement dit, le récit du mythe collectif est introjecté, en même temps que les symboles extérieurs, pour constituer le socle narcissique subjectif. Le mythe devient alors une « idéologie » par laquelle les membres d'un même groupe s'identifient les uns aux autres « solidairement », ayant formé un « appareil psychique commun. »

1Cf. SEBUNUMA D., La compulsion de répétition dans les violences collectives, thèse de Doctorat soutenue le 25 février 2011 à l'Université Paris Diderot - Paris7, publiée à l'Université Lille3, Atelier National de Reproduction des Thèses, 2012 ; puis à Issy-les-Moulineaux, Éditions Umusozo, 2013.

2WINNICOTT D., (1971), Jeu et réalité, Paris, Gallimard, 1975, pp. 13 – 14.

Déogratias SEBUNUMA
Psychologue clinicien - Auteur

Titulaire du Doctorat de
 
«Recherche en psychopathologie
fondamentale et psychanalyse
»

Psychopathologie
Descriptive II


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