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Représentation1


Du mythe à la « représentation »2 : du point de vue philosophique, la représentation est l'« acte par lequel l'esprit se rend présent quelque chose ; puis le « résultat de cet acte : ce qui est présent à l'esprit, ce que l'on se représente. » Chez Platon et Plotin, le concept de « représentation » est utilisé dans le domaine esthétique. Cependant, bien avant eux, « les stoïciens (...) soulignent sa place au sein d'une réflexion gnoséologique », en insistant sur la dimension passive qu'elle présuppose : « la représentation est une empreinte de l'âme, métaphore empruntée justement aux empreintes que la bague produit dans la cire. »3

Si on se réfère aux deux modèles de la pensée antique, à savoir Platon et Aristote, « (...) la question de la représentation relève d'abord de la problématique de la présence et de l'absence : la représentation substitue à l'absence d'une chose une nouvelle forme de présence. » D'où le problème de l'écart entre l'objet représenté et sa représentation.

Il existe ainsi une différence de point de vue entre Platon et Aristote : alors que Platon disqualifie ontologiquement la peinture (une représentation) « qui n'est qu'imitation d'une apparence et éloignée de deux degrés du réel »,4 Aristote insistera en revanche sur « le plaisir éprouvé devant une imitation réussie. »5 Autrement dit, pour Aristote, la copie (représentation) vaut l'original pour le sujet qui « se représente » la réalité. Ce débat nous amène à deux écoles de la pensée moderne : l'idéalisme et le réalisme.

- « Pour l'idéalisme, la représentation de l'objet est déterminée par le sujet qui la produit, et est la projection des structures de l'esprit humain. Le réel est le produit de la pensée, la connaissance ne porte (...) que sur la représentation, non pas sur la chose en soi. »6 C'est l'héritage du platonisme pour lequel la peinture (la représentation) n'est « qu'imitation d'une apparence et éloignée de deux degrés du réel. »

- « Dans la perspective réaliste, au contraire, les représentations de l'homme sont déterminées par les objets ; la connaissance est un processus réceptif. »7 Cette approche correspond à l'école aristotélicienne : « le plaisir (du sujet) éprouvé devant une imitation réussie. »

L'approche « réaliste » de Freud : celui-ci souligne l'« (…) inhérence des énergies d'investissement aux représentations. » Ce qui l'a amené à envisager la « construction d'une dynamique psychique réaliste du sens : toutes les représentations viennent de perceptions, en sont des répétitions. »8

De par ce qui vient d'être exposé ci-dessus, nous pouvons proposer une interprétation de l'observation de Freud selon laquelle « le patient répète au lieu de se souvenir » : le symptôme de la compulsion de répétition consiste à passer d'une représentation obsédante à un acte compulsif, sans laisser de place à la réminiscence, au souvenir.

Concernant notre réflexion de recherche, le mythe nous intéresse dans ce sens où il est constitué de représentations collectives de la réalité et, par la suite, le sujet s'approprie de ces représentations. En tant que « répétitions des perceptions », les représentations collectives et/ou individuelles acquièrent alors le statut de « réalité », d'objet réel pour le sujet qui éprouve « le plaisir » de son « imitation réussie », autrement dit le fantasme. D'où une possible superposition de mythes (mémoire collective) et de fantasmes (mémoire individuelle) dans les violences collectives. Et cette superposition devient l'élément fédérateur, au sein d'un groupe social donné, grâce à la figure du meneur ou à la construction d'une idéologie identitaire.

Relation entre mythe et fantasme : chez Freud, le fantasme a d'abord « le sens courant que lui donne la langue allemande (fantaisie ou imagination) ». Par la suite, il l'a utilisé « comme concept à partir de 1897. Corrélatif de l'élaboration de la notion de réalité psychique et de l'abandon de la théorie de la séduction, il désigne la vie imaginaire du sujet et la manière dont celui-ci se représente à lui-même son histoire ou l'histoire de ses origines : on parle alors de fantasme originaire. »9 Cette définition, à elle seule, permet de faire un premier rapprochement entre mythe et fantasme : à l'instar d'une histoire individuelle des origines, le mythe serait le produit d'un fantasme partagé par plusieurs individus, le fruit d'un fantasme « collectif. »

Par ailleurs, « Freud distingue entre les fantasmes conscients, les rêves diurnes et les romans que le sujet se raconte à lui-même, mais aussi certaines formes de création littéraire, et les fantasmes inconscients, rêveries subliminales, préfiguration des symptômes hystériques, néanmoins conçues comme étant en liaison étroite avec les fantasmes conscients. »10 Autrement dit, le mythe fait partie intégrante des résultats de la création fantasmatique. Car, avant de revêtir un sens collectif et de concerner tout un peuple, le mythe est avant tout une création fantasmatique individuel. C'est dans un second temps, et à la différence d'autres créations littéraires, que l'auteur du mythe s'efface afin de lui donner une dimension collective. Du moment où l'auteur du mythe est devenu anonyme, le mythe devient alors une copropriété culturelle, une création collective a posteriori.

Fantasme, mythe et réalité : le passage du fantasme au mythe ne peut pas se faire sans intermédiaire : c'est le groupe ou la collectivité qui joue ce rôle d'intermédiaire en conférant une dimension de « réalité préhistorique » au mythe. Ainsi, par le récit, le fantasme devient une pseudo réalité préhistorique – une pseudo réalité car aucune preuve matérielle ne peut être fournie pour étayer le contenu du discours. Pour cela, le mythe confère au fantasme un canevas d'existence réelle à travers la croyance inconditionnelle que lui accorde le groupe concerné. De ce point de vue, mythe et rêve auraient la même fonction, à savoir la satisfaction d'un désir fantasmatique individuel au commencement, puis collectif par la suite.

1Cf. SEBUNUMA D., La compulsion de répétition dans les violences collectives, thèse de Doctorat soutenue le 25 février 2011 à l'Université Paris Diderot - Paris7, publiée à l'Université Lille3, Atelier National de Reproduction des Thèses, 2012 ; puis à Issy-les-Moulineaux, Éditions Umusozo, 2013.

2 MARTIN C., PACHERIE E., MORIZOT J., POUIVET R., article « Représentation », in BLAY M. (sou la direction de), Grand Dictionnaire de la Philosophie, Paris, Larousse, 2003, pp. 923 – 925.

3 Ibid.

4 Cf. Platon, République X, notes 596a – 597e, in o.c., ibid.

5 Cf. Aristote, Poétique 4, 1445b5-8, in o.c., ibid.

6 Ibid.

7 Ibid.

8 Ibid., p. 925

9 ROUDINESCO E. et PLON M., Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, 2006, p. 300.

10 Ibid., p. 302.

Déogratias SEBUNUMA
Psychologue clinicien - Auteur

Titulaire du Doctorat de
 
«Recherche en psychopathologie
fondamentale et psychanalyse
»

Psychopathologie
Descriptive II


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